Il n y a pas de mots, ni d’images, ni de musée pour décrire l’horreur d un génocide.
Il n y a pas non plus de bon tourisme de l’histoire politique d un pays, lorsqu’elle contient un épisode aussi tragique.
On a tort de comparer les génocides: il n existe pas d échelle capable d évaluer la cruauté humaine.
Aujourd’hui, a Tuol Sleng (connu également sous le nom de S21, lieu d’emprisonnement et de torture), je ne peux m empêcher de ne demander ce que viennent chercher les touristes pour 2$ US. Oui, on sait qu il y a eu un massacre, mais le sens profond de cette visite? L émotion pour 2$ US?
Il y a des centaines de photos des victimes alignées les unes a côté des autres. Tout le monde, moi y compris, les regardons une par une, dans les yeux. Je me demande ce qu on espere y trouver.
Peut-être le désir ne serait-ce que de réaliser ce qu a pu être ce cauchemar. Tenter de réaliser en regardant dans ces yeux, que tous sont morts par la suite. Quelque chose que le cerveau humain a beaucoup de peine a intégrer, la mort, d autant plus lorsqu elle est absurde.
Encore une fois, beaucoup de visiteurs mitraillent ces regards plein de peur avec leur appareil photo.
Je me demande pourquoi ils souhaitent les ramener chez eux. Pour les montrer a qui? pour dire quoi?
Regarde, tu vois ces gens? ils sont tous morts.
Ou pour avoir plus de temps, par la suite, pour y réfléchir, dans l espoir de comprendre ce qui sur le moment ne semble par pouvoir pénétrer l esprit.
Ce que j y vois, refleté dans ces regards, c’est ma propre culpabilité. Je n étais pas encore née en 1975, mais aujourd hui, et malgré des lieux chargés de nous le rappeler, Tuol Seng ou Auschwitz, plusieurs génocides sont en cours simultanément dans le monde, et le “monde”, donc nous, s en fout.
Le but de ces lieux doit être de ne pas oublier. Primordial pour le peuple cambodgien.
En découlent malheureusement chez bon nombre de visiteurs des miasmes de voyeurisme et de curiosité mal placée. C est aussi le prix pour ne pas laisser l’histoire passer dans l oubli, au risque d’en choquer certains, 2 $ US ou la prostitution des âmes.
J’aime a penser qu’en contrepartie, le peuple cambodgien se sent légitimé dans ce musée du souvenir, cela donnerait un sens a cette visite d’aujourd’hui, car j’avoue avoir eu de la peine a en trouver un véritable.
Je n’ai pas sorti mon appareil-photo.
Mais dans la partie historique, retracant la chronologie des événements, fort utiles pour ceux comme moi qui ne sont pas spécialistes des Khmers Rouges, j’ai sorti le natel pour vous montrer ce poeme: il résume cette tragédie avec des mots, sans image, sans photo, sans regard apeuré.
C’est l’état d’esprit de l’Angkar, le Régime Démocratique Kampuchea, sous Pol Pot et les Khmers Rouges.





