Le lac a disparu. C’est désormais la vallée du Rhône qui s’offre à la vue des passagers du train.
Il était magnifique, on ne voyait pas Evian car il y avait trop de brume, mais il donnait envie de se jeter dedans comme dans une mer de coton.
J’ai dit au revoir à ma mère à la Gare de Lausanne en ce mardi 31 mars, veille du début, et je suis montée dans l’IR qui va à Brig, voie 3, 13h45.
Sur moi: mon Mac (accompagné de sa souris, une clé USB et un disque dur externe de 320 Go), mon sac avec tout ce que contient un sac à main en général (dont porte-monnaie avec 1/2 tarif, très important dans ces circonstances, et un porte-clé pour l’instant encore vide, ce qui est assez inhabituel), une petite valise à roulettes taille cabine d’avion, contenant les quelques habits que j’avais oubliés, un CD de La Rue Kétanou tout frais gravé, une paire de chaussures, un cintre, un sèche-cheveux, deux brosses, les papiers de la banque, une paire de havaianas blanches, un roman (“Les Dieux-Chiens” de Masako Brando, merci PY et Karine), deux blocs-notes (un Bayer et un Novartis), mon résumé du Goy “l’ECG est mon ami”, Nelson’s essentials of Pediatrics (gardes de maison, peut toujours servir, également en cas de grosse remise en question), un chargeur natel, des écouteurs, et une lampe de chevet orange.
En plus de ça, je porte, à part, un sac en plastique de taille moyenne, assez rempli, dont je ne révèlerai pas encore le contenu. Mais j’ai l’air d’en prendre soin et d’y tenir.
St-Maurice: je me stresse et je commence à rassembler mes bagages, je me lève, beaucoup trop tôt. Je réalise que j’ai l’air stupide, mais comme ça risque d’arriver très souvent dans les jours (voire les semaines)(voire les mois en fait) qui viennent, je banalise et j’attends, debout.
Gare de Martigny: je parviens à me perdre dans cette gare qui n’a pourtant que 3 voies. Mon sens de l’orientation est au plus bas, et de plus en voyant le panneau “voie 40-41″, j’ai pensé que ce n’était justement pas par là la sortie. En fait, j’ai compris peu après (l’expérience est ce qu’on acquiert juste après en avoir eu besoin) qu’il y a 5 voies à Martigny: la 1, la 2, la 3, la 40 et la 41.
Les voies 40 et 41 sont un mystère pour moi. Elles arrivent sur le côté un peu devant l’entrée de la gare et s’arrêtent là, net. C’est comme si elles n’avaient plus su où aller. D’autres appellent ça un terminal. Bref.
Je retrouve mon chemin. La prochaine étape est de prendre un bus, dont l’arrêt devrait se trouver, si ce n’est devant, du moins près de la gare. J’aperçois 2 arrêts: un devant, avec des gens, et un autre près, avec des gens.
Je demande à une dame qui a l’air du coin si elle sait où se prend le bus qui fait toute l’Avenue de la Gare (à savoir la rue principale, commerciale, administrative, et sociale de Martigny). Elle me répond:”Je suis désolée mais je ne suis pas du coin”.
Quelqu’un passe la prendre en voiture, elle monte, me regarde et me dit:”Bonne chance”.
Deux mots qui sont censés encourager mais qui en fait signifient quelque chose comme “T’es pas sortie de l’auberge”.
Arrive un bus (jaune, tous les bus sont des cars postaux): il est écrit Martigny-CFF. Ca doit être celui là, plein d’écoliers en descendent, alors pendant ce temps je me pointe vers le conducteur avec un sourire et l’intention d’entrer en contact par la question “excusez-moi est-ce que c’est bien ce bus qui fait l’Avenue de la Gare?’”. Mais il n’y aura ni question, ni entrée en matière car le conducteur ne me regarde même pas, me ferme la porte au nez, et se tire, sans autre forme de procès.
Je décide d’aller vers l’autre arrêt, celui qui est près de la Gare et pas devant. Il y a un bus qui indique “Sion-Gare”, ce n’est sûrement pas celui-là mais au moins je pourrai poser ma question. Le temps de parcourir les qques mètres avec mon mac, ma valise, mon sac, et le cornet plastique, le bus postal s’est barré lui aussi. Sans rancune.
J’attends 2 minutes, arrive un autre “Martigny-CFF” à l’arrêt devant la Gare, donc je cours pour l’attrapper, me trouvant toujours à l’arrêt près de la Gare. C’est bien celui-là, la dame est sympa, et le billet coûte 1fr10, avec le demi-tarif.
Montent d’autres passagers, dont un monsieur d’une septantaine d’années qui a l’air d’être vraiment du coin.
Foetor OH à 5 mètres, il est rejoint par un pote contrôleur de train. Ils sont assis à côté de moi et se mettent à parler.
Je remarque qu’ils parlent français, jusque là rien d’anormal, si ce n’est que bien que ça sonne comme du français, je n’y comprends rien.
Place centrale: comme il y a du soleil, les gens profitent des nombreuses terrasses des bars et restos qui longent l’Avenue de la Gare. Ca a l’air sympa. Je repère un des bistrots qui est bien situé et assez plein, et je regarde comment il s’appelle, au cas où je reviens une fois: la Vache qui Vole. D’accord…
Je descends à Auberge du Tunnel. Je reviens quelques mètres en arrière pour rejoindre la rue Bourg-Vieux.
Et là… Là j’ai réalisé qu’il faisait moche à Lausanne et que là, il fait grand beau, le ciel est bleu. C’est calme, juste le bruit apaisant de la fontaine qui se trouve en face de la maison aux volets bleus, qui sera désormais le chez moi. Devant moi, imposantes, les vignes en terrasses dominent la vallée, surplombées de montagnes, elles-mêmes dominées par des montagnes encore plus grandes au fond qui sont recouvertes de neige. Au milieu des vignes, quelques chalets forment des hameaux et je me dis que la vue de là-haut doit être magnifique.
La clef se trouve bien dans la boîte aux lettres, je rentre et ça sent le feu de bois. J’adore. La maison est chauffée au bois car nous avons la chance d’avoir un poêle. Il y a 3 étages en tout, j’occupe le 3e, c’est une mezzanine. Je range un peu puis je repars car il me faut passer au contrôle des habitants annoncer mon arrivée à Martigny (1920, représente).
-Profession?
-Médecin.
Je ne m’y fais toujours pas, ça viendra.
-Indépendant ou pour le Réseau Santé Valais?
(- Ben voyons…)
Je passe à la Coop Martigny, j’y fais quelques courses pour le souper et le petit-déj. J’achète des clopes pour la 1e fois depuis bien longtemps (10 ans?). Ca a quelque chose à voir avec le cornet en plastique que je transportais avec soin, mais je ne dévoile encore rien. Je reprends mon bus urbain postal (paradoxe), je finis de ranger un peu.
Comme j’y vois enfin clair, je suppose que je suis installée.
Je prends le cornet en plastique, j’en sors mon poncho d’alpaca, je le déroule car j’y avais emmitouflé Don Victor.
Don Victor est un ekeko, il porte de tout de façon symbolique: nourriture, feuilles de coca, une maison (dans le cas de Don Victor, c’est un oreiller qu’il porte sur son dos, quelqu’un m’a dit un jour que lorsqu’on a le dos tourné, il s’endort), un coeur, des billets, du coton, et tout ce qu’on voudrait avoir. Il se charge de protéger le foyer, et pour qu’il le fasse de son mieux, on lui parle et on lui donne à fumer et à boire, les mardis et vendredis.



Courage ma jolie!!! ca va aller, tu verras… Don Victor va encargarse del asunto!
Bisous, E.
Jeje, si, graciaaaas. Ademas dicen que la Vache qui Vole esta muy de moda y que se la pasan bien
un besote hasta Bruselas, y fuerza con el trabajo y con lo de aprender italiano.